
16/02
Comme les deux précédents que nous avons pris, ce bus s'arrête fréquemment et à l'intérieur la musique est très forte. Il est encore une fois assez difficile d'y trouver le sommeil, et c'est dans un état de fatigue assez critique que nous arrivons à Rangoon aux environs de 5h du matin.
Nous devons effectuer un transfert entre la gare routière principale et une plus petite d'où partent les bus pour Bago, petite ville située à deux heures de route. Un conducteur de taxi essaie en premier lieu de nous tromper sur le prix, puis sur l'endroit où il nous dépose.
Il nous fait d'abord descendre à un croisement où le bus est soi-disant sensé passer, et dès que nous sortons du véhicule un groupe de birmans se jettent sur nous pour nous proposer chacun une combinaison différente.
Point de bus public ici, seulement des pickups bondés. Le ton monte, et finalement notre chauffeur a un sursaut de conscience et nous emmène au vrai départ des bus quelques centaines de mètres plus loin.
Le notre est là et nous nous en tirons heureusement sans trop de frais, mais encore une fois il se confirme que tout se complique dès que l'on veut sortir un peu des itinéraires balisés.
Nous arrivons à Bago en début de matinée, et commençons à visiter la ville. Celle-ci est très polluée, les deux-roues circulent dans tous les sens. Les ordures recouvrent les trottoirs, la plupart des bâtiments sont délabrés.
Nous entrons d'abord dans le monastère de Kha Khat Wain Kyaung, le deuxième plus grand de Birmanie. Il est 11h et quelques 400 moines arrivent en procession dans la salle commune où ils prennent le déjeuner. Ils étaient plus d'un millier avant la « révolution de safran » de 2007.
Les bonzes n'hésitent pas à se mettre en scène devant une foule nombreuse de touristes français, mais surtout chinois, qui les prennent en photo et leur donne du riz, des billets ou des bonbons. La scène est assez dérangeante, et nous avons plus l'impression de se trouver dans un zoo que dans un monastère.
Notre enthousiaste chauffeur nous conduit ensuite à la pagode du serpent, où vit un énorme python birman. Mesurant plus de cinq mètres et âgé de 119 ans, il est considéré comme un animal sacré et trône grassement au milieu d'une montagne de coussins, couvert de billets.
La journée se poursuit ensuite avec la visite de quelques stûpas et autres temples, avec notamment Shwemawdaw Paya, la plus haute pagode du pays (115 mètres), et Shwethalyaung Buddha, le plus grand Bouddha couché (55 mètres de long pour 16 mètres de haut). Malgré ces chiffres nous commençons à avoir l'impression que les bâtiments et les paysages se ressemblent.
Demain onzième et dernier jour en Birmanie.
17/02
Transfert matinal de Bago à Rangoon. Le bus part et arrive à l'heure. Il est raisonnablement bondé, en comparaison de tous les pickups surchargés qui nous doublent sur la voie rapide. Bien souvent des bonbonnes de gaz se trouvent juste derrière le conducteur, et de nombreux passagers sont assis sur le toit, sans aucune protection.
Dans l'hôtel que nous avons réservé en centre ville, les réceptionnistes, déjà adultes, rigolent entre eux, tandis qu'une horde de gamins s'active pour que notre chambre soit prête dans les temps. Nous sommes dimanche et ils travaillent tous d'arrache-pied. Ils ne semblent même pas avoir dix ans.
Nous faisons ensuite le grand tour de la ville en empruntant la ligne de train circulaire. Il est écrit dans le guide que les wagons sont moins pleins le week-end, nombre de personnes en ce dimanche doivent déjà se tenir debout. Des jeunes bonzes, sans manifester la moindre once de gratitude, n'hésitent pas à s'asseoir à la place des personnes âgées qui leur cèdent leur siège.
Les banquettes sont disposées parallèlement à la voie pour laisser un plus grand espace central. Les passagers l'utilisent pour poser leurs fruits et légumes. Il n'y a pas de touristes, ou alors ils ne restent que quelques arrêts seulement. Les locaux empruntent le train pour transporter leurs produits d'un marché à l'autre, ou simplement rentrer chez eux après la journée de travail.
Les rails s'extirpent d'abord des immeubles délabrés de la proche banlieue, pour s'aventurer au milieu de bidonvilles interminables. Les maisons en paille tressée sont minuscules et vulnérables, les rues jonchées d'encore davantage de détritus que n'importe quel endroit du pays.
Les friches industrielles ensuite se succèdent. La prison nationale, une casse automobile où s'entassent des milliers de véhicules. Dans les gares, les marchés et leurs étals insalubres sont installés à même la voie.
Le train sort peu à peu de la ville pour traverser de vastes étendues de cultures inondées de légumes ou de riz. La plupart des paysans travaillent avec de l'eau jusqu'à la taille. Dans de telles conditions, nous nous demandons comment ils peuvent garder la force de sourire et de saluer notre passage.
Les scènes sont souvent dures, mais la lecture de la ville et sa banlieue depuis le train permet d'avoir une approche différente et plus complète de Rangoon.
Quelques centaines de mètres après être descendus aux abords du lac Inya, nous arrivons devant la résidence où Aung San Suu Kyi a été détenue pendant plus de quinze ans. Même si elle n'habite sûrement plus là et que désormais flotte librement le drapeau de son parti, la Ligue National pour la Démocratie, la porte blindée surmontée de hauts barbelés est restée. Il est palpable que le gouvernement ne souhaite pas que l'endroit devienne le lieu de pèlerinage des opposants au régime. Personne d'ailleurs ne s'y arrête.
Je redescends ensuite tranquillement toute la ville à pied, pour en prendre une dernière fois la mesure. En chemin je croise quelques belles stûpas, comme Maha Wizaya ou Botataung Paya. Excentrée et par conséquent beaucoup moins visitée, cette dernière n'en est pas moins impressionnante avec son intérieur intégralement couvert d'or. Les fidèles viennent admirer le cheveu de Bouddha exposé dans une vitrine en ivoire, à peine visible sous une montagne de billets.
Bien fatigué par ces quelques heures de marche, il est temps de prendre un dernier repas puis de se coucher relativement tôt, demain notre avion décolle au petit matin pour Bangkok.
Voici deux vidéos et quelques photos légendées pour essayer de mieux rendre compte de l'atmosphère de Bago et de Rangoon:
La longue file des bonzes qui vont déjeuner au monastère de Bago:
http://youtu.be/ZgNH39_8shA
La vue depuis la ligne de train circulaire autour de Rangoon:
http://youtu.be/vdwvyvXMbEo