
13/02
Ce matin nous avons finalement un gros coup de chance en trouvant une chambre de quatre dans un bon hôtel situé en plein centre ville de Nyang U. Nous nous acquittons d'un loyer modéré et de la taxe gouvernementale de cinq dollars par personne pour avoir le droit de pénétrer dans le site de Bagan, puis louons des vélos pour partir à l'exploration.
La première pagode, Schwezigon Paya, est l'une des plus anciennes de Birmanie. Elle a été construite au XIe siècle, sur le modèle de la Schwedagon Paya de Rangoon. L'imposante stûpa d'or qui se découpe dans le ciel bleu et ses nuages blancs est absolument sublime.
Nous nous perdons ensuite en suivant des pistes de terre battue qui mènent inévitablement à des temples de brique ocre. C'est ainsi que nous découvrons par hasard la blanche pagode de Shwesandaw. Nous gravissons les cinq séries d'escaliers successives de la pyramide pour prendre un peu de hauteur.
Quel n'est pas notre ébahissement en arrivant en haut! Nous restons littéralement sans voix devant cette immense plaine où se dressent des centaines et des centaines de temples, au beau milieu d'une alternance de bosquets touffus, de chemins poussiéreux de terre ocre et de palmiers isolés.
Le panorama est indescriptible même en photo, voici une petite vidéo pour aider à prendre la mesure de cette vue incroyable:
http://youtu.be/NjZB3Pe3BkM
Nous avons également visité la grande pagode située à quelques centaines de mètres, Dhammayangyi Patho. Elle est beaucoup plus haute, mais il n'est pas possible de monter à son sommet. Comme dans beaucoup de temples, un grand nombre de vendeurs à la sauvette s'arrachent les nombreux groupes de touristes.
J'ai l'occasion d'échanger quelques minutes avec l'un d'entre eux. Il a dix-sept ans, n'est jamais allé à l'école, ni plus loin que Mandalay, à moins de 150 kilomètres de chez lui. Depuis son plus jeune âge il vend des souvenirs dans les temples de Bagan, et ne semble pas avoir d'autres alternatives pour son avenir.
Quant à une autre marchande, elle a une vingtaine d'années et parle un très bon français. Elle pratique le plus possible, dans le but de pouvoir un jour devenir guide. Il faut dire qu'elle n'a aucun mal à trouver des locuteurs de la langue de Molière par ici, le nombre de touristes français est incalculable.
Cependant ils sont tous relativement âgés, et nous sommes presque les seuls jeunes. Si nous n'expliquons pas que nous avons la possibilité d'être ici parce que nous étudions à Hong Kong cette année, notre présence est en effet difficilement compréhensible. Quelle chance nous avons!
14/02
En ce jeudi matin, petit tour d'observation de la ville avant le petit déjeuner. Première surprise, il est 7h et les rues sont encore presque désertes, au contraire de la plupart des autres villes et villages d'Asie. Il n'y a guère que les femmes du marché qui commencent à arranger leurs rouleaux de papier toilettes, biscuits ou autres éponges. Le marché de proximité fait parfois aussi office de supermarché en Birmanie.
Les enfants également s'activent pour arriver à l'heure à l'école, un grand complexe de couleur verte à la cour intérieure immense. Les élèves, garçons ou filles, doivent tous porter sarong ou jupe verts en bas, chemisette ou chemisier blanc en haut.
Leurs tenues impeccables ne passent pas inaperçues au milieu des chemins poussiéreux, qui séparent les blocs de maisons de paille tressée et leur hautes palissades de roseau. Des monticules d'ordures et notamment de sacs plastiques sont disséminés partout. Certains profitent de la fraîcheur du petit matin pour brûler leurs déchets, mais aucun système centralisé de traitement ne semble exister.
Nous louons de nouveau des vélos pour arpenter la vaste plaine de Bagan. Le site est décidément immense. Nous visitons un nombre impressionnant de nouvelles pagodes, même si nous commençons à avoir l'impression qu'elles se ressemblent plus ou moins entre elles.
De même que la veille, le coucher de soleil est obstrué par une fine couche de nuages.
Après un dîner presque aux chandelles suite à une énième coupure générale de courant, il est déjà temps de se mettre au lit pour se reposer quelques heures. La journée a été épuisante, et demain réveil avant le jour pour un prometteur lever de soleil sur les stûpas.
15/02
Une charrette se propose de nous transporter à un bon point de vue pour admirer l'aurore. Effectivement l'endroit est intéressant et les spectateurs sont déjà nombreux à avoir pris place au sommet du temple. Silencieux, ils ont tous l'air de professionnels de la photo avec leurs appareils à gros objectifs.
Il y a notamment beaucoup de chinois. Ils sont plutôt nombreux en Birmanie, sans doute en raison des vacances de leur Nouvel An. C'est tout de même surprenant de les voir voyager individuellement plutôt qu'au sein de larges et bruyants groupes organisés, mais cela semble leur donner une bien meilleure image auprès des locaux et des autres voyageurs. Cependant ceux qui sont montés sur la stûpa de si bon matin ont presque tous omis d'enlever leurs chaussures, comme il l'est pourtant scrupuleusement demandé à l'entrée de chaque temple.
Quant au spectacle du lever du soleil en lui-même, il est comme attendu assez grandiose. Peu à peu la grosse boule de feu émerge d'une épaisse couche de brume, faisant apparaître une à une les cloches des temples. Des montgolfières flottent dans les airs, ajoutant à la légèreté de la scène.
C'est donc charmés que nous revenons au village, et prenons un taxi en direction du Mont Popa. En route, nous faisons une halte dans une petite ferme. Les paysans fabriquent de l'huile de cacahuètes ou de sésame, ainsi que de l'alcool et du sucre de palme.
Ils récoltent tout cela à la main. Pour donner l'huile, une vache actionne un pressoir en tournant autour de son axe. Pour quatre kilogrammes de cacahuètes broyés, l'animal doit travailler ainsi pendant deux heures. La méthode est d'un autre temps, à plusieurs siècles de notre obsessionnelle rationalité occidentale.
Après une succession de champs très secs, de chemins de terre et de villages aux maisons de bois, nous arrivons au Mont Popa. Le monastère est situé au sommet d'un pic rocheux, le panorama est impressionnant. Il faut gravir quelques 300 marches pour parvenir au sommet, en prenant bien garde à ses affaires car les hordes de singes décharnées sont assez joueuses.
Les bonzes et les fidèles se pressent pour couvrir de billets de grandes statues de Bouddha aux teintes très criardes. Les lumières colorées qui les entourent ne cessent de clignoter. La vue d'en haut est large, mais gâchée par tous les détritus qui jonchent les flancs de la montagne.
Nous déjeunons en revenant en bas, comme depuis dix jours d'un frugal repas. Le menu traditionnel birman se compose généralement d'une inévitable assiette de riz, accompagné d'une soupe et d'un petit assortiment de légumes, épices et currys.
L'ensemble n'est pas très savoureux et surtout la qualité douteuse. Les plats sont la plupart du temps cuisinés seulement le matin, et conservés à l'air et en plein soleil pendant le reste de la journée. Nous avons constamment été malades après ce type de repas, durant tout notre séjour.
Nous rentrons ensuite à Nyang U, et tuons le temps avant de prendre un troisième bus de nuit pour Rangoon.