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Carnets de Birmanie: 3/5


11/02

Nous quittons le lac Inle et l'hôtel de Nyaugshwe où nous avons passé deux nuits. Même en ce lundi matin, les deux filles à tout faire de l'hôtel sont déjà à servir leurs méprisants clients. Âgées de quinze ans tout au plus, nous les avons vu travailler sans relâche tout le week-end, du ménage à la réception en passant par la cuisine. Elles ne sont manifestement plus scolarisées.

Le patron nous fait des adieux faussement chaleureux en nous poussant dans le taxi d'un de ses amis. Il n'a pas daigné nous parler d'autre chose que de prix durant tout notre séjour, malgré son très bon anglais. La beauté des derniers reflets sur les eaux du canal essaie une dernière fois de nous retenir, mais nous sommes en quelques sorte soulagés de quitter cet endroit où l'argent du tourisme a acheté beaucoup trop d'âmes.

Sur la route pour rallier la gare de Schwenyaung, les enfants sont nombreux à battre joyeusement le chemin de l'école, leur petite gamelle sous le bras. Les adultes, sur leur charrette ou à pied, vaquent également à leurs occupations.

L'atmosphère qui règne dans la gare ferroviaire est elle aussi très différente de celle que nous avons pu expérimenter ces derniers jours. Pas moins de cinq personnes essaient de trouver pour nous l'adresse d'un hôtel pour le soir à Thazi, le terminus de notre train, et d'appeler pour réserver.

Le chef de gare s'occupe personnellement de nous donner toutes les informations relatives à notre voyage. Il nous explique qu'il a demandé à l'un de ses amis de nous attendre à la gare d'arrivée pour nous emmener jusqu'à notre hôtel. Il transporte même sur son propre scooter jusque chez le médecin l'un de nous qui commençait à être malade, et insiste pour qu'aussi bien la consultation que les médicaments prescrits nous soient entièrement gratuits.

Néanmoins mal renseignés en aval, nous patientons au total plus de trois heures dans la gare de Schwenyaung, au milieu des vaches qui paissent tranquillement sur les voies, et des agents bruyamment lancés dans une partie endiablée de palais birman. Le train arrive finalement avec une heure de retard.

Même en première classe, le confort est rudimentaire: quelques planches de bois au sol, pas d'éclairage, un lavabo sans eau... Et surtout une vitesse incroyablement lente, d'autant qu'à chaque gare nous sommes obligés de revenir en arrière plusieurs fois avant d'accrocher tous les wagons. Le train est un important moyen de transport pour les marchandises, et à chaque arrêt sont chargés des meubles, du bois, ou encore des produits agricoles.

Nous en profitons pour admirer le décor, et d'ailleurs quelques touristes ont également privilégié la beauté des paysages à la rapidité d'un bus. Différents reliefs se succèdent, plaines et colline de terre ocre. La végétation s'apparente parfois presque à du maquis, tandis qu'à d'autres endroits elle est plus abondante et se concentre en petites forêts. Dans les champs des bœufs aux longues cornes broutent paisiblement, et les rares paysans cultivent le pois et d'autres légumes.

Ainsi bercés, les douze heures de trajets (pour moins de 200 kilomètres) passent finalement assez vite et sont très plaisantes. Malgré le retard et l'heure tardive, l'ami de notre sympathique chef de gare du matin nous attend bien à la descente du train. Il nous emmène en charrette jusqu'à notre auberge, où nous allons passer la nuit avant de reprendre la route demain matin. Nous sommes seulement à mi-chemin entre le lac Inle et Bagan!



12/02

Journée « de transition », puisque nous avons seulement prévu un transfert de Thazi à Bagan. Le trajet direct de bus devait durer quatre heures, finalement il nous prendra plus que la journée.

Le gérant de notre hôtel avait dit que le bus passerait juste devant son établissement entre 10h et 11h. Dès 9h30 nous nous tenons prêts. A 15h30 il n'est toujours pas arrivé, ayant soi-disant rencontrés des « problèmes » sur la route.

Nous décidons donc de prendre un pickup-taxi pour tenter notre chance sur une route où il est sensé y avoir plus de passage. Nous n'avons que très peu d'informations, et sommes un peu pris de cours lorsqu'une foule de birmans barbus sortant directement de la mosquée voisine, entoure notre véhicule en nous proposant chacun des plans différents pour rallier Bagan.

Heureusement surgit un homme providentiel sur son scooter, qui nous dit posséder une agence de voyages et se propose de nous y conduire. Après quelques coups de téléphone depuis son petit bureau installé au bord de la route, il nous dit avoir réservé pour nous quatre places dans le bus de 22h-22h30 en provenance de Nay Pyi Taw. Haut en couleurs, le personnage n'hésite pas à pester contre « cette capitale artificielle qui a coûté des milles et des cents et qui ne représente rien ».

Il est 17h30 et l'attente s'annonce encore bien longue, mais au moins il semble que nous avons enfin un plan fiable.

Nous profitons de cet énième battement pour joindre un petit groupe de locaux qui jouent au takraw. C'est un sport d'Asie du Sud-Est typiquement (péninsule indochinoise et Birmanie principalement), qui se joue sur un terrain de volley séparé en deux par un filet de badminton. Le but est de se renvoyer une petite balle en plastique de la taille d'un ballon de handball, en utilisant soit la tête soit les pieds. L'activité requiert à la fois souplesse et agilité. L'ensemble est assez plaisant, et l'échange très sympathique.

Après un frugal repas, nous attendons encore un petit moment dans la maison de notre agent de voyages. Âgé de 72 ans, il est célibataire mais vit avec son frère et toute la famille de sa sœur, une trentaine de personnes au total, dans trois minuscules maisons mitoyennes. Rien n'est rangé et l'hygiène déplorable. Les enfants sont chacun rivés sur l'une des nombreuses télévisions de la maison.

Il est enfin l'heure de prendre le bus. Notre intermédiaire nous annonce que finalement il faut aller à sa rencontre à un kilomètre au nord de la ville, et nous propose de s'y rendre à deux scooters de trois passagers chacun, avec nos bagages. J'exprime mes réserves, nous prenons finalement un bus qu'il essaie de nous faire payer 10 000 kyats. Nous refusons, il paie.

Finalement le bus arrive, et seulement trois heures plus tard nous sommes à Nyang U, à quatre kilomètres de Bagan. Il est 1h30, tous les hôtels sont fermés et ceux qui entrouvrent leurs portes sont déjà tous complets. Aucun ne nous propose une alternative pour éviter de passer la nuit dehors.

Même les véhicules qui nous voient dans la rue à cette heure tardive avec nos gros sacs ne s'arrêtent pas. Seul un réceptionniste sur toute la ville nous propose gracieusement de se reposer quelques heures sur les fauteuils de l'accueil de son hôtel de luxe. Assez dérangeant et peu confortable, nous passons une troisième nuit blanche.

Une journée de galères en somme, mais au moins riche de deux enseignements: dès que l'on sort des grands itinéraires balisés, il est très difficile de trouver des informations et des transports fiables; et la plupart des habitants des zones touristiques semble devenus étrangers à toute notion d'hospitalité dès leur intérêt financier satisfait.


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